Voilà un petit article article qui n'est pas de nous, pour une fois ! Un beau témoignage de Robert, étudiant burkinabé avec qui nous avons partagé de belles discussions, et qui a réussi a donner du sens à la vie (vraiment) dure d'un étudiant subsaharien ici.

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Arrivée et exploration de l'inconnu

Il était 10 heures du matin, le 20 octobre 2008, lorsque mes pieds foulèrent pour la première fois le sol algérien. Derrière moi, c’était un tableau morose peint par la déprime de la séparation. J’essayais de chasser de mon esprit les dernières images de ma famille, mes proches, mes amis, ma patrie que je venais de quitter pour un temps suffisamment long. La branche venait de se détacher de l’arbre et la blessure était toujours saignante. Devant moi se dessinait un spectacle magnifique aussi bien dans mes idées folles d’aventure tant rêvée, que dans la réalité concrète du pays que je découvrais. Mes yeux se gavaient du spectacle merveilleux de ce pays si différent du mien et mon cœur débordait de joie de ce qu’il pourrait s’enrichir durant mon séjour.

 

Vie estudiantine

J’ai commencé mes premiers pas en Algérie avec beaucoup d’optimisme, d’émerveillement qui allaient naturellement décroître avec le temps. Passée cette étape de rêves, je fis face à la réalité et donc à la raison de ma présence ici c’est-à-dire les études qui allaient rythmer ma vie pendant cinq ans. Quand elles suivaient leur cours, il m’arrivait de les maudire et quand elles étaient interrompues, je les regrettais faute d’autres occupations. Vie et études étaient même devenues synonymes pour moi. Le minimum d’effort garantissait des résultats spectaculaires. Ce créneau permit à la paresse de se joindre à moi, au point que le lit devint un compagnon fidèle. Le tableau de ma vie sociale se dessinait aussi de la sorte.

 

Vie sociale

Conjointement aux études se caricaturait le filament de vie sociale que je rêvais sans pouvoir vivre exactement. Les études prirent la part importante dans ma vie à tel point que même lorsque j’étais en vacances je les désirais. Je passais neuf mois à vivre les études et à rêver les vacances et trois mois à vivre les vacances et à rêver les études. Ce cycle m’a donc empêché de pouvoir dissocier vie sociale et vie estudiantine. Néanmoins, la drôle et éphémère vie sociale que j’avais –puisque les études s’invitaient à toute occasion- était loin d’être morose. La sympathie du peuple algérien que j’ai découvert tardivement après l’effondrement des murs de fortification que je m’étais construits à partir des mises en garde et des préjugés dont j’ai hérité de mes prédécesseurs. Il est évident qu’une telle culture si différente de la mienne et parfois si brutale m’inclinerait à me mettre dans mon cocon si je me refusais à la comprendre et à l’accepter. Mais, cette solution bien appliquée par beaucoup de mes camarades étrangers ne m’a pas convenu car je m’étouffais entre mes propres murs. Je ne supportais pas de vivre une “prison“ à l’intérieur d’une “prison“. J’ai alors déclenché un processus d’assimilation et d’acclimatation. Je ne peux pas affirmer que j’ai réussi, mais ma vie s’est nettement améliorée depuis que je  me suis libéré de mes entraves. La langue étant le meilleur moyen d’entrer en contact réel avec une culture, j’ai appris partiellement la langue du pays. Je me suis fait des amis et j’ai senti que le regard de l’Algérien s’était changé à mon égard ; ce qui confirma que c’était mon propre regard qui était hostile au début envers ce peuple et influençait ainsi mes jugements. Maintenant que je suis sur le point de quitter ce pays je compte parmi mes regrets le fait d’avoir perdu des années dans une prison que je m’étais construite et d’avoir ainsi manqué les merveilles que ce pays et son peuple m’offraient sur un plateau.

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Vie chrétienne

Un aspect aussi important qui a constitué pour moi un soutien inestimable est la communauté chrétienne au sein de laquelle j’ai pu grandir spirituellement et humainement. L’Eglise d’Algérie m’a étonné et continue de m’étonner par sa simplicité et les réalisations qu’elle opère dans sa simplicité. La diversité de ses fidèles et le charisme de ses pasteurs sont pour moi la source de sa splendeur. Les eucharisties hebdomadaires, les réunions de secteur, les journées diocésaines des étudiants et les différentes sessions d’été sont autant d’occasions qui ponctuent la vie spirituelle de cette petite Eglise et procurent bonheur immense à ses fidèles. L’Eglise est la source d’épanouissement de nombre d’étudiants et a donné la force à  plus d’un de se relever après chaque chute, de se battre pour que la joie triomphe en eux et autour d’eux. Je demeurerai toujours marqué, comme au fer rouge, par l’attitude des pasteurs et par cette Eglise elle-même dont les traits (simplicité, petitesse et charisme) s’apparentent, à mon avis, à ceux des premières communautés chrétiennes. La proximité, la simplicité et la serviabilité dont ils font preuve les religieux et religieuses m’a fait voir le Christ en eux. Dans mon pays d’origine, au contraire, les clercs sont des hommes de pouvoir qui se situent très au-dessus de leurs fidèles à tel point que s’exhale d’eux une certaine aura. Par contre, comme le Christ qui s’est fait proche des hommes, les clercs de cette Eglise d’Algérie que j’affectionnerai toute ma vie, ne se sont pas non seulement abaissés mais ont aussi accepté leur vraie place, celle de serviteur. J’ai toujours cru rêver quand je voyais - et ce fut le spectacle le plus beau de ma vie chrétienne ici- l’évêque toujours au milieu de nous lors de nos rencontres et tenant le plateau pour servir les convives pendant les repas ou le vicaire général aussi paternel ou encore le curé toujours disponible. J’ai alors imaginé que c’est ce que le Christ a dû faire et qu’il a enseigné.

En définitive, la branche qui s’était détaché de l’arbre familial avait trouvé un terrain fertile et s’était remise à bourgeonner car elle s’était, au gré de la fortune, greffée à un autre arbre. Mais le temps s’érige encore une fois en tronçonneuse pour détacher la branche qui commençait réellement à s’épanouir. Les souvenirs qui m’accompagnent sont quasiment vides de regret et pleins du sentiment joyeux d’avoir aimé l’Algérie et d’y avoir cultivé la patience envers toute culture étrangère pour parvenir à l’apprécier. Ici, j’ai grandi humainement, spirituellement et intellectuellement. Mon unique conviction est que ces cinq dernières années en Algérie ont fait de moi un homme meilleur.