Avec le mois de Ramadan j’ai découvert une autre Algérie. Ca faisait longtemps qu’on nous en nous parlait, je m’attendais donc à quelque chose de particulier. Mais c’est allé au-delà de ce que j’imaginais.

Pendant ce temps de jeûn strict, je me suis senti étranger comme rarement jusqu’à là. En traversant la rue, je me savais le seul à pouvoir boire et manger. Ce jeûne était comme une barrière physique entre eux et moi.

Non seulement, je me suis senti étranger, mais j’ai aussi eu l’impression de changer de pays. Au 1er jour du ramadan, tout à coup, tout a changé. Le boui-boui/ fast food où j’achetais mes bourek pour déjeuner, s’est transformé en vendeur de gâteaux algérois, la boulangerie du Bon Pasteur ne vendait plus que des pâtisseries, les rues étaient plus calmes et 1 magasin sur 4 était fermé, les horaires ont complètement changé (certains commencent tôt et ferment à 13h, d’autres commencent à 11h pour finir à 17h, d’autres encore n’ouvrent que la nuit). Les bouchons de 9h avaient lieu à 22h. Les rues se remplissaient la nuit alors qu’elles étaient vides après le couché du soleil.

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Comme souvent en Algérie, difficile d’avoir un sentiment uniforme sur ce que j’ai découvert. Il y avait ceux qui dormaient le jour pour vivre la nuit et éviter toutes les contraintes du jeun tout en respectant la règle, où ceux qui me demandaient avec insistance si je ne jeûnais pas et pourquoi je ne jeûnais pas. Cette pression fait que quelqu’un qui ne veut pas jeûner ne peut pas dire à son frère ou à son père qu’il boit un verre d’eau, malgré les 40 degré à l’ombre. Mais c’est aussi le mois où les étudiantes subsahariennes de la paroisse aiment sortir car elles savent qu’elles ne seront pas insultées et que les gens seront plus polis avec elles. Le mois où notre voisin est allé offrir un nounours au fils de voisins égyptiens, comme ça. Le mois où notre maçon a travaillé tous les jours de 10h à 17h, non stop, sans boire ni manger. Le mois où la majorité continue ses activités vaille que vaille, en essayant d’être plus proche de Dieu et plus miséricordieux avec ceux qui les entourent.

Et nous dans tout ça, pas facile de se positionner. Je ne voulais pas jeûner car cela n’a pas de sens religieux pour moi et que je ne voulais pas céder aux désirs diffus d’uniformisation. Mais je m’étais dit que si nous étions invités à un ftour (repas festif de rupture du jeune) j’aurai jeûné volontiers pour partager pleinement le repas avec nos hôtes. Pour finir, nous n’avons pas eu le temps d’être invité (nous sommes partis 2 semaines en France, en plein ramadan) mais nos voisins nous ont apporté 2 fois le ftour.

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Comment faire aussi pour fêter la fin du jeun, le jour de l’Aid ? Nous sommes allés apporter des gâteaux aux voisins que nous connaissions, comme le veut l’usage. Les premiers nous ont accueillis avec joie et ce fut l’occasion de mieux les connaître. Les seconds étaient un peu gênés qu’on fasse la démarche alors que c’était à eux de venir nous en donner puisque c’est leur fête et leurs coutûmes. Nous savons aussi que certains pensent que c’est une fête musulmane et que les moments qui l’entourent (ftur, Aid) sont réservées aux musulmans.

Nous avons donc fait comme nous avons pu. Mais j’espère déjà être l’an prochain pour vivre encore mieux ce moment particulier si profondément ancré dans la vie du peuple qui nous accueille.