Depuis les premiers mois de notre arrivée en Algérie, les non algériens nous parlaient avec un enthousiasme retenu du fameux mois de ramadan. Certains évoquaient la chaleur de l’été et les difficultés pour ceux qui jeunent. D’autres expliquaient que c’est le bon moment pour fuir l’Algérie et l’état de semi léthargie du pays où tout marche au ralenti. D’autres encore nous mettaient en gardent contre l’agressivité grandissante des algériens rendus nerveux par l’absence de nourriture, d’eau, de relation sexuelle et de cigarettes. Tout cela nous invitait à considérer cette période comme particulière et à essayer de nous organiser pour vivre en parallèle de l’Algérie, voire à fuir le pays pour quelques semaines.

Le mois de juillet approchant (le ramadan devrait commencer le 8 ou le 9 juillet), les conversations des algériens s’attardent de plus en plus sur ce « mois de carême » comme ils l’appellent. Mais à l’opposé de ce que nous disaient les étrangers, ils parlent eux de mois festif, de bonnes bouffes, de soirées détendues et prolongées, d’ambiance particulière.

IMGP8210

Samedi dernier, sur l’invitation d’amis, Laure et moi étions attablés à la terrasse extérieure du café Nedjma (Une première pour elle! C’était la seule femme évidemment, bien qu’assise à l’extérieur et dans un café réputé « ouvert ». Son statut d’étrangère, en présence de son mari, lui permettait cet « extra »). Nous étions en pleine conversation sur la culture constantinoise, avec un ami étudiant, un sheikh soufi franco algérien et le descendant d’une grande famille turque constantinoise, quand le sujet a insensiblement glissé vers « le mois de carême ». Les 3 hommes, 2 vieux et un jeune, nous ont alors vanté les mérites de tous les plats spécifiques du ramadan, en prenant soin de préciser s’ils étaient typiquement constantinois ou non. Ces 3 messieurs, qui n’ont surement jamais mis les pieds dans une cuisine, semblaient envoutés par la perspective des futures soirées du ramadan (Je comprends mieux maintenant l’emprise que peuvent avoir les femmes algériennes sur leurs maris. Le soupçon sera confirmé plus tard, quand notre taxieur commencera à nous vanter toutes les qualités culinaires de sa nouvelle épouse, avec des trémolos dans la voie...).

Hamza et son ami turc, nous ont ensuite fait découvrir une Zaouia (tombeau d’un saint soufi) de la vieille ville ainsi que plusieurs vieilles maisons arabes (tombant en ruine) de leurs connaissances. Pendant cette seule après midi, nous avons été invités 4 ou 5 fois à prendre un ftour (repas de rupture du jeune, pendant le ramadan). Je ne sais pas si ces invitations seront réitérées le moment venu, mais cela marque bien l’accueil algérien. D’autant plus que ces invitations venaient souvent clôturer un accueil simple et sincère.

 IMGP8237

De façon générale, de plus en plus nombreuses sont les réflexions évoquant le ramadan. Souvent avec un petit air nostalgique, chacun attend avec impatience le retour du mois sacré.

Devant ce constat, nous nous sommes dit : bon c’est facile pour les hommes qui travaillent au très ralenti (quand ils ne dorment pas toute la journée), mais ce doit être bien différent pour les femmes qui doivent préparer le banquet du soir, dans la chaleur des cuisines, sans pouvoir gouter les plats, ni prendre un verre d’eau pour se désaltérer. Mais d’une amie femme qui travaille et que nous plaignions d’avance de devoir préparer de gros repas, à son retour du travail, le ventre vide, entourée d’enfants en bas âge, nous avons été surpris d’apprendre qu’elle attendait elle aussi le mois de carême avec impatience. Elle ne cachait pas les difficultés, mais elle disait que l’ambiance de fête valait bien ça.  « C’est dur, mais ça a un certain charme »

Après en avoir entendu parler de part et d’autres, de façons très différentes, nous avons hâte d’expérimenter ce mois particulier. Un autre post viendra peut être vous en dire plus, une fois l’expérience vécue !

IMGP8245